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24-07-10
Carafes filtrantes : des réservoirs à microbes
Enquête de Que Choisir
Chères à l'usage, inefficaces pour les nitrates, inutiles pour le chlore, et catastrophiques sur le plan microbien. Les carafes ne seraient-elles qu'un "attrape-nigaud "?
Carafes filtrantes  
Test  -  38 produits

Eau du robinet, en bouteilles ou filtrée à domicile, quelle eau boire ? Le choix n'est pas évident, tant les informations sont multiples et contradictoires, les publicités influentes et les intérêts économiques puissants.

CARAFES FILTRANTES
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Prix : Chères à l'usage
Si les carafes sont commercialisées à un prix très abordable, l'usage est beaucoup plus coûteux. Une fois équipé, le client devient captif, il doit changer de cartouche toutes les quatre semaines, au pire toutes les six semaines. Si le litre filtré coûte bien moins cher que l'eau en bouteilles, il est, en revanche, prohibitif par rapport au litre d'eau du robinet.
Filtration : Efficacité limitée
Chlore : Les fabricants de carafes affirment qu'elles éliminent le chlore et ils disent vrai, nos analyses en laboratoire le prouvent. Pour une eau versée avec une teneur en chlore de 0,14 mg/l, l'eau filtrée descend à 0,02 mg/l, au pire à 0,04 mg/l. L'efficacité se maintient sur l'ensemble des prélèvements, que la cartouche soit à ses premiers jours d'utilisation ou en fin de parcours. Un sérieux bémol cependant, cette efficacité est inutile : en 2003, nous avions démontré par un test que laisser reposer l'eau du robinet au frais pendant une heure éliminait tout autant le chlore. Quant au rapport qualité/prix, il est bien meilleur !
Plomb : Pour ce test, l'eau versée est enrichie en plomb à 25 µg/l puisque c'est la limite réglementaire actuelle pour l'eau de distribution. Six carafes abaissent les teneurs à moins de 10 µg/l, c'est actuellement le seuil de détection et il deviendra la limite réglementaire à partir de 2013. Seule la carafe Terraillon est moins efficace. Les carafes présentent donc un intérêt réel pour le plomb, à condition toutefois d'avoir un taux élevé à son domicile, ce qui n'est pas si courant. Dans les trente et un logements testés en conditions réelles, le plomb n'était jamais présent au robinet, même dans l'ancien.
Nitrates : Inutile d'acheter une carafe filtrante si on redoute une contamination de l'eau du robinet par les nitrates, elle sera inefficace. C'est ennuyeux pour les consommateurs qui craignent une pollution mais on ne peut pas le reprocher à ces carafes quand elles ne prétendent pas les traiter. La pollution de l'eau du robinet par les nitrates est d'ailleurs devenue peu fréquente. Même en Bretagne, où le dépassement des normes a, par le passé, imposé des distributions d'eau en bouteilles, les multiples et coûteuses solutions curatives, stations de traitement avec dénitratation, abandon des captages pollués et interconnexions de réseaux, permettent de fournir une eau du robinet qui respecte les normes alors que la ressource en eau demeure très polluée.
Glyphosate : Impossible de rechercher tous les pesticides, nous avons opté pour le glyphosate, la matière active des désherbants les plus utilisés aussi bien en agriculture que par les collectivités et les particuliers, d'autant qu'il est devenu un polluant majeur des rivières et des nappes souterraines. Avec sa molécule de dégradation, l'Ampa, c'est un des pesticides les plus fréquemment retrouvés dans la ressource en eau. Les résultats des carafes sont moyens et assez uniformes, aucune marque ne se détache par de meilleures performances. Mais il faut rappeler qu'à part Culligan, elles ne prétendent pas retenir les pesticides.
Revendication calcaire : Absurde
Toutes les carafes se vantent de réduire le calcaire, et c'est une motivation d'achat fréquente pour les consommateurs. Sans doute oublient-ils que ce qu'ils appellent « calcaire », c'est du calcium absolument indispensable à l'organisme. L'éliminer de l'eau potable est tout simplement absurde. Mais puisque les carafes affirment réduire le calcaire, nous avons mesuré leur efficacité. Alors que l'eau versée est à 80 mg/l de calcium, les eaux filtrées sortent autour de 60 mg/l. Tant mieux pour la santé des utilisateurs mais, au vu des arguments marketing, c'est plutôt médiocre.
Microbiologie : Parfait si c'est neuf
Aucun défaut et aucun développement de microbes à signaler sur les carafes neuves testées en laboratoire. Les cartouches ne se comportent pas en nids à microbes, c'est rassurant mais les conditions sont optimales : la pièce d'analyses est exclusivement consacrée aux carafes, l'accès réservé aux techniciens chargés des essais, l'eau filtrée immédiatement placée au réfrigérateur.
Relargage d'argent : Mieux vaut s'en passer
Les carafes qui utilisent des cartouches aux sels d'argent relarguent du métal dans l'eau filtrée. Les fabricants soulignent pour leur défense que la limite réglementaire qui fixait à 10 µg/l les teneurs maximales en argent pour l'eau potable a été supprimée. C'est vrai, mais c'est d'abord parce qu'elle n'avait plus lieu d'être du fait qu'on ne retrouvait jamais d'argent dans les eaux de distribution. Et si l'OMS (Organisation mondiale de la santé) établit à 100 µg/l la teneur limite, incorporer de l'argent à l'eau de boisson comme le font les carafes ne présente strictement aucun intérêt.
CARAFES FILTRANTES EN SERVICE
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Chlore : Filtration inutile
Dans plus d'un logement sur quatre, le chlore est indétectable dans l'eau du robinet, la filtrer est inutile. Quand il est présent, les carafes l'éliminent ou le réduisent, à deux exceptions près, à Billiers (56) et Paris 10e. Mais rappelons-le, placer de l'eau du robinet une heure au frais est aussi efficace.
Plomb : L'absent
L'eau a été analysée dans 31 logements à travers la France, et il n'y a pas de plomb au robinet, même dans l'ancien. Le risque existe néanmoins dans les immeubles anciens quand les conduites intérieures sont en plomb. Pour le limiter, il faut laisser couler l'eau du robinet de la cuisine quelques minutes au premier tirage le matin ou après une absence.
Nitrates : Dans les clous
La présence excessive de nitrates au robinet est devenue l'exception plutôt que la règle, nous n'avons trouvé aucune concentration hors normes, quelle que soit la région. La filtration n'a pas lieu d'être.
Glyphosate : On reste hors norme
Si les nitrates sont dans la norme, ce n'est pas toujours le cas pour les pesticides. Sur les 31 logements analysés, la limite réglementaire de 0,1 µg/l est dépassée trois fois. On constate alors une efficacité des carafes réelle mais limitée, on reste hors norme dans deux cas sur trois.
Calcium : Les carafes déraillent
Une grosse majorité de carafes délivrent une eau adoucie qui a perdu une grande partie de son calcium, c'est absurde.
Microbiologie : Désastreux !
C'est la catastrophe, l'eau filtrée grouille de microbes dans la plupart des cas. Si les résultats des carafes neuves sont corrects en laboratoire, à l'usage, c'est désastreux : l'eau n'est plus du tout potable sur les paramètres microbiologiques. Sur les 31 eaux de carafe analysées, la microbiologie ne reste conforme aux normes que dans quatre logements (Caen 2, Toulouse 1, Lyon 8, Coudekerque-Branche) où le changement de cartouche avait eu lieu le matin même ou les jours précédents. Des germes rigoureusement interdits dans l'eau potable sont même suspectées dans l'eau filtrée de quinze logements, c'est inquiétant. Car si ces eaux filtrées très dégradées ne provoquent pas forcément de maux de ventre ou de gastro-entérites, elles augmentent sérieusement le risque. Filtrer l'eau perd ici tout son sens puisque l'eau du robinet arrive conforme aux normes. Le seul cas de non-conformité, à Talence, s'explique par une contamination du robinet lui-même selon le laboratoire qui a procédé aux prélèvements.
Relargage d'argent : Il ne fait pas notre bonheur
L'eau du robinet ne contient jamais d'argent. Mais toutes les carafes qui utilisent des cartouches traitées aux sels d'argent relarguent ce métal dans l'eau filtrée à des teneurs en général très supérieures à la limite de 10 µg/l qui existait par le passé pour l'eau potable.
Conclusion : Des réservoirs à microbes
Les résultats sont désastreux pour l'eau filtrée, et ce dans la quasi-totalité des logements analysés. Alors, comment expliquer de tels écarts entre les carafes neuves testées en laboratoire et leurs performances à l'usage ? C'est en fait assez simple. En laboratoire, les carafes sont manipulées en milieu protégé, ce qui n'a rien à voir avec « la vraie vie » et l'atmosphère des cuisines. Mettre la cartouche en place sans s'être lavé soigneusement les mains ou au moment où quelqu'un tousse ou éternue à proximité peut suffire à la contaminer. Elle devient alors un réservoir à microbes. Une fois déposés dessus, ils se trouvent dans un milieu très propice à leur prolifération. L'autre raison, majeure, c'est la température de conservation. Le laboratoire place l'eau au réfrigérateur dès qu'elle est filtrée alors que les usagers (29 sur les 31 qui ont participé au test) boivent l'eau à température ambiante presque toute l'année, sauf en période de fortes chaleurs. Or, une fois que l'eau a « chopé » des microbes en passant à travers la cartouche, ils se développent vite si le froid ne les bloque pas, d'autant que l'eau filtrée peut stagner des heures dans la carafe avant d'être consommée. Le changement de cartouche, en revanche, ne semble pas en cause. Il intervient, selon les familles, tous les mois (c'est parfait) ou tous les deux mois (c'est limite), mais cela n'a guère influé sur les résultats, toujours mauvais.
Elisabeth Chesnais
Gaëlle Landry
Paru dans le Mensuel n°481 - mai 2010



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