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10-03-10
"Imposer l'eau du robinet, c'est primaire comme raisonnement"
Source : l'Express.fr
Entretien avec le vice-président de la Chambre syndicale des eaux minérales. Il répond aux détracteurs des eaux en bouteilles.

Imposer l'eau du robinet, "c'est primaire, comme raisonnement"

Par Eric Lecluyse, publié le 09/03/2010 à 17:10 - mis à jour le 09/03/2010 à 18:12

Entretien avec Jean-Pierre Deffis, vice-président de la Chambre syndicale des eaux minérales naturelles (CSEM), à propos de l'impact environnemental de l'eau en bouteille.

Quels sont les atouts de l'eau en bouteille, de source ou minérale?
Elle est naturelle, sans traitement, invariablement stable dans sa composition. Elle ne comporte donc pas de chlore, contrairement à l'eau du robinet, ni d'éléments indésirables comme les traces de médicaments. Dans l'eau minérale, qui ne peut être reconnue comme telle que si elle est considérée comme bénéfique pour la santé par l'Académie nationale de médecine, il y a des sels minéraux et des oligo-éléments.
Il n'est pas nécessaire de boire de l'eau minérale pour assimiler ces éléments...
Bien sûr, on les retrouve aussi dans l'alimentation. Et les quantités présentes dans les eaux minérales ne sont pas considérables. Mais en buvant de l'eau minérale, on n'a pas d'effort à faire, c'est agréable au goût, on évite l'eau traitée et on est bien hydraté... Pour les nourrissons, en particulier, c'est une bonne eau, bien équilibrée.
En 2009, une étude de l'Université de Francfort a évoqué une possible contamination de l'eau liée au PET de la bouteille, qui aboutirait à un excédent d'oestrogènes. Que répondez-vous?
Cette conclusion a été fermement démentie par l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), qui note que les taux évoqués dans cette étude sont aberrants, comme nous le signalons sur notre site. Nous travaillons en R&D depuis longtemps, le PET est un emballage très développé, c'est le plus résistant, le plus imperméable à tous les germes extérieurs... S'il y avait un problème, on le saurait depuis longtemps! Et puis, je ne vois pas pourquoi on se focalise sur l'eau, la majorité ce ces emballages servent pour les sodas.
Pourquoi ne pas utiliser les packs en carton, que certains préconisent?
Parce qu'ils sont plus chers, et pas forcément aussi recyclables.
Le politicien suisse Jacques Neirynck souligne qu'il faudrait près d'une demi-litre de pétrole pour produire et transporter un litre d'eau. Votre réaction?
Je ne sais pas d'où ça vient, mais cela me paraît très exagéré. Et vous oubliez que l'emballage est recyclé, il s'agit même de l'un des taux de collecte les plus élevés: 50% des bouteilles en plastique sont récupérées, et la filière a pris l'engagement d'atteindre 75%. Ce plastique recyclé sert pour le textile, et de plus en plus pour la fabrication de nouvelles bouteilles. L'empreinte carbone d'une bouteille, en tenant compte de tout son cycle de vie, se situe autour de 100g de CO2 par litre. Nous nous sommes engagés auprès du ministère du Développement durable à faire baisser ce chiffre de 30% encore. Notre industrie est sans doute l'une des plus vertueuses en France.
Des écologistes, des consommateurs, le réseau de magasins Biocoop (voir ici en PDF)... des voix s'élèvent pour inciter les Français à boire plus d'eau du robinet et moins d'eau en bouteilles. Votre réaction?
C'est primaire comme raisonnement. D'où vient cette idée d'imposer aux consommateurs leurs choix? C'est un débat dépassé, ça fait 2, 3 ans qu'on entend ça... Nous disons: buvez de l'eau du robinet chez vous si vous voulez, buvez de l'eau minérale si vous préférez pour le goût ou pour ses vertus. On reste clairvoyant, cette eau peut avoir des fragilités. Mais le consommateur sait aussi que c'est une eau complètement garantie et naturelle.
Comment se porte le secteur?
Mieux. Après des années difficiles avec une chute des ventes en volumes de 6 à 7%, la baisse est revenue entre 2 et 3% en 2009. Notre industrie travaille beaucoup avec le ministère du Développement durable pour protéger les sources. C'est une richesse pour un pays comme la France, ce savoir-faire, à l'heure où l'on tente de préserver les ressources en eau partout dans le monde.
Cet entretien fait partie de notre enquête participative "Faut-il taxer l'eau en bouteille?" N'hésitez pas à donner votre point de vue en commentaire.